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mercredi 22 février 2017

Le froissement de l'avis.

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L'avis froissé.

A cet endroit de l'opinion formatée, pliages forts de formes oxymoriques,
on savourait la peinture abstraite de l'avis conforme, l'indicateur 
le plus révélateur était subtilement roulé, étreinte de papier, 
léger froissement de la concordance, un peu partout, 
on était invité à donner son avis sans contrainte...

Avis d'expert, avis d'analyste, avis de recrutement ou avis de plan social, 
avis sur le dernier épisode de la série Self Control, 
avis favorable ou avis partagés, avis de grève, avis de smog, 
avis de recherche, avis de disparition, 
avis de coup de vent, autant d'occasions 
de changer d'avis comme de chemise, 
jamais on avait été si peu enclin à s'exprimer pour dire
quelque chose de sensé et de durable.
Force est de constater que la veille opinion a concerné tout le monde.
Pour un oui ou pour un non, pour tuer le temps à défaut d'autre chose,
un nombre appréciable de personnes passe son temps 
à partager des avis, on discute sur tout et sur rien, 
on échange des opinions d'ailleurs de plus en plus formatées.
Parfois on note quelques délais attribués ici et là pour préserver
un espace de réflexion, ce qui laisserait espérer 
que de ce terrain en friche puisse surgir un avis un peu plus original, 
on cherche à traquer l'oiseau rare, 
mais dans l'ensemble la multitude d'avis amène,
hélas, l'opinion générale à manquer cruellement d'indépendance, 
de nouveauté.
L'analyse de l'audience sur le réseau numérique alimente 
en premier lieu le thermomètre du commerce, 
au-delà du truisme, par malice, 
il est amusant de souligner que les données ont toujours un prix
question de sens, la langue française est harmonieusement riche, 
pleine de subtilités savoureuses, autrefois très prisées dans la diplomatie
ou chez les chansonniers, 
ces drôles de gens qui savaient nous amuser 
d'un rien, époque ô combien révolue !
Quand on parle d'impact de la communication, on vise à faire fort, 
on travaille à manipuler l'opinion sans se préoccuper 
de quoi que ce soit d'autre, force est de constater que l'efficacité 
de la tactique est devenue l'unique valeur, 
la question morale de l'estimation par le chiffre
ne semble même plus pouvoir être délibérément affichée au programme
d'un parti politique qui aspire à exercer le pouvoir de manière responsable.
Pour la majorité de l'opinion, on aurait eu bien tort de chercher 
à s'en plaindre, si on se paye mots, qui cachent nombre de formules, 
c'est bien que la liberté d'expression n'a pas de prix.

Concevoir ce que peut représenter l'avantage d'utiliser un langage soutenu
n'entre plus dans la grille de programmes calibrés 
pour gagner la course à l'audimat, à force de calcul optimisé, 
on a fini par tous tomber d'accord 
et à peu près sur tout. De plus en plus souvent, le temps presse,
ce qui force tout le monde à s'exprimer par raccourcis 
dans un langage appauvri, on accumule des pensées de morts-vivants. 
Il paraît qu'en laboratoire, des chercheurs sont parvenus
à créer une cellule zombie, grâce à l'emploi d'un adjuvant,
et la cellule morte mais toujours fonctionnelle 
s'est trouvée dotée de performances décuplées 
par rapport à certaines de ses capacités observées de son vivant :
ces cellules zombies peuvent travailler sans arrêt, 
voilà qui devrait nous laisser songeurs...




Le froissement de l'avis.

Sur le forum de discussion, personne n'avait froissé personne, 
d'ailleurs, une bonne partie de l'animation se faisait de manière 
automatique, c'est dire si on pianotait dans le respect des règles, 
mais à la longue, chaque avis donné était invariablement déformé, 
et sans vraiment s'en apercevoir, on finissait par aimer se perdre 
dans les multiples faux plis de la virtualité toujours plus apte 
à distordre une réalité remplie d'expressions triviales,
traversée de crises diverses et variées.
Au début, cela pouvait avoir semblé rassurant, 
ce côté partage en toute égalité,
et c'est ainsi que, sans s'avouer conformiste, 
on avait fini par tous porter un pantalon en jean, 
des baskets et un t-shirt de marque, 
plus personne ne pouvait le nier, en apparence, 
on vivait décontracté, on avait même l'impression d'être plus libre
c'était tellement vrai qu'on avait toujours la possibilité
d'opter pour la couleur qui détonne et la possibilité de personnaliser 
le motif du tissu d'un canapé design fabriqué 
à des millions d'exemplaires identiques.

Dans l'univers de l'informatique, en haut lieu, on pouvait dire qu'on avait atteint l'objectif ambitieux qu'on s'était fixé, 
intégrer toujours plus de valeurs personnelles dans une forme 
de communisme virtuel,
en vérité, on était même en train d'atteindre le sommet, 
bref on touchait au but, par consentement volontaire ,
tout le monde s'engageait à se désengager !
ainsi on n'avait même plus de temps disponible pour l'ennui, 
consommer de la culture, ce n'était pas une mince affaire non plus. 

Bruit, rumeur, trop forte pression, mésentente légère ou
affrontement de caractères, susceptibilité, 
tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux est affaire de désir 
ou de travail de l'inconscient collectif, il demeure toutefois possible 
que la machine vienne un jour, sans crier gare, à s'emballer. 
L'épuisement des ressources peut s'accomplir par la mise à feu du désir.
kôan :
Avis, pourquoi battre des deux ailes si tu as abandonné l'espoir de la migration ?  






samedi 18 février 2017

La réalité déserte.

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La réalité mouvante de notre existence.

Désert flamboyant du monde savant qui a voulu tout essayer, 
pays aride, inhabité, sauvage, désormais l'aspect physique des choses 
vient se confondre avec l'espace terne où il ne se passe presque plus rien.
Vision technique sans expression, toujours plus équivoque, 
il n'est plus temps de se remémorer infiniment
d'une réalité où il n' y a manifestement presque plus personne.

Dans la flaque du temps flou dont la marche s'accélère, 
la fleur de milliers de mots vient se dissoudre
troubles dans le royaume de notre insouciance, 
incertitude d'un rayonnement dans les cercles brillants de nos idées confuses, 
tout ce qu'on peut constater plus précisément,
c'est que nos traces, nos empreintes deviennent de plus en plus légères.
Alors l'enthousiasme s'invite dans le récit, pour tenter d'assurer l'équilibre,
même si tout va à la dérive, part en vrille.
Le chemin de sa maison, plus personne ne le connaît vraiment, 
c'est un fait nouveau, on s'éloigne de la vie coutumière 
car le travail est fini ou peu s'en faut, il est urgent de le réaliser.
Quelque chose s'est produit et cela s'est passé à notre insu, 
depuis, on vit de manière frénétique, plus rien n'est vraiment stable.
Pourtant, il y a toujours quelque chose qui grandit en apparence, 
les recherches se multiplient pour suivre la piste unique, 
cela donne l'impression que l'on se jette la tête la première dans la fascination de la disparition. 
Quelques traces de nos vies perdurent tant bien que mal sur la toile, 
certes le nombre de connexions augmente sans cesse, 
mais cela ne colle plus à la réalité. Rien de magique à cela, 
ce n'est pas involontaire non plus, ni même instinctif
au final, pour que le moteur de recherche s'en trouve enrichi,
on accepte de se déposséder de tout.

Il y a encore peu de temps, suivre une trajectoire de manière originale, 
cela pouvait s'apprendre, parfois par un passage solitaire,
il fallait quelques fois accepter de passer beaucoup de moments 
à progresser dans la poussière, juste retour des choses,
le nettoyage en soi en était rendu souvent plus efficace.
Il suffisait de ne pas se laisser aller à suivre le courant d'opinion, 
il fallait continuer sur le chemin choisi, 
avancer sans s'interrompre ni se laisser distraire ; 
même sans visite extérieure, on pouvait se recueillir, s'épanouir. 
Aucun mot ne peut le décrire, ce temps passé entre parenthèses, 
il faut le vivre, 
désormais, il est devenu quasiment impossible de s'en souvenir.

Comment cela se présente si on se risque à quitter le périmètre délimité 
et d'ailleurs y a -t-il encore une position de vie exactement repérable 
dans la société liquide ?

La réalité déserte.
Observer, suivre quelque chose, poursuivre les recherches, 
rester, continuer malgré tout, réfléchir, 
pourquoi, pour qui toutes ces pousses du temps cassées net,
pour rattraper le temps perdu, ou pour faire semblant de continuer?

Faire des observations très précises, 

soutenir une action par des efforts physiques,
choisir une direction, avoir de la patience, 
autant d'attitudes devenues inutiles à l'ère des robots, 
alors il n'est pas rare d'éprouver 
l'étrange sensation que le sol se dérobe sous nos pieds.
Tout change de direction et d'apparence, on croit se diriger 
vers la montagne, on s'aperçoit qu'on dérive en plein chaos.
Immédiatement, au moindre signe de la machine, 
on  arrive, on obéit, si elle nous ordonne de ne pas bouger 
avant les premières lueurs de l'aube,
de son mot d'ordre, on ne discute même plus le bien fondé, 
et pourtant on a la nette impression de naviguer à vue...

On nous ordonne de cheminer à l'identique 
sur les traces d'autres gens,
l'art de vivre a supplanté la vie, et c'est devenu du pareil au même.
Il n' y a plus de vraies empreintes repérables sur le terrain, 
un éclat de virtualité a fait sensation, désormais
si le moindre détail compte, c'est pour contribuer à la simulation,
jouer un rôle, c'est devenu l'unique qualité qu'il est bon d'avoir.
Aller de l'avant sans trop réfléchir ne semble plus de mise, 
néanmoins, on avance sans prendre le temps de s'arrêter, 
ni de se retourner sur toutes ces heures de marches fictives 
passées en effet à surfer insoucieusement sur la toile. 
Cependant cela s'accumule discrètement, 
des années de déambulations de sites en sites, 
rien de moins anodin, 
et ces marques laissées par chacun de nous, 
qui les a fait, les fera fructifier?

Qui va porter attention au moindre détail sur le sol réel 
si le regard est vissé sur l'écran du téléphone portable ?
Ainsi absorbé dans une même pensée, un drôle de jeu
peu à peu est en train de capter toute l'attention de la jeunesse 
d'un pays, et un nombre toujours plus grand de 
gens a tendance à marcher toujours à la même vitesse.
On a déterminé la qualité optimale de la foulée d'une personne,
et vous découvrez alors avec étonnement que votre second pied 
s'est posé là où il fallait, parce que cela a été optimisé 
par des calculs complexes dont vous ignorez la source.
Comment le savez-vous ? cette petite pâquerette, là, 
qui commence à se faner, a bien été piétinée, 
marchant libre, en pleine conscience de vous-même,
vous auriez sans doute posé le pied ailleurs.

Persuadé que cela pourrait toujours aller mieux,
on se presse de s'en remettre entièrement à la machine, 
ainsi fait, nos vies deviennent plus que transparentes.
Personne n'a plus besoin de personne,
et quand il n'y a plus rien à attendre d'autre, 
on peut perdre espoir, alors il ne reste plus qu'à 
prendre tout son temps ; 
simple observation de l'existence qui s'écoule, 
et c'est une vraie bénédiction. 
Rares sont les occasions de tirer les leçons de son expérience, 
fragmentation du monde, solitude d'ensemble,
enfin, si tu réalises que tu t'es perdu, pour 
sentir la terre s'adoucir, naturellement
va tranquillement t'asseoir.





mardi 7 février 2017

L'exception liquidée.

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Il n'y a plus d'exception pour personne.


Quatre milliards de battements pour un coeur humain, 
divine action d'excepter, un milliard pour le coeur de l'animal,
mais combien pour les chimères hommes-cochons, 
hommes-moutons qui vont bientôt naître en laboratoire ?
Kôan : Comment rendre un actif liquide ? 
La solution d'amélioration est souvent radicale.
Le coeur artificiel ne fera plus exception pour l'homme bionique.




..





Champs d'aventure des algorithmes.

A des années-lumière, ce n'est qu'une formule 
pour dire que cela fait plein d'interrogations à notre corps craintif,
en bien ou en mal, il est si simple de foncer à vive allure
 sans penser à l'avenir.


Dans l'entaille du monde, dans la figure vive d'une réverbération de l'être,

l'algorithme se destine à faire toute la lumière, sur quoi ?









à bout de misères 



existence hors d'haleine,
 marcheur des démesures, flâneur des multiples rives virtuelles,
tu as fait la rencontre de ta vie, quelque part téléguidé.
Tu es seul sans être seul à t'aventurer dans le réseau,

il y a ce mince regard, sans dérision, debout à ton flanc, 
qui observe par le menu le moindre de tes faits et gestes,
un nouveau venu est en train de penser à ta place par écran interposé.
Pour déjouer le hasard ?












à l'avenir, plus 
d'exception.


Plus ou moins loin vers l'intérieur, tu fais un voyage surprenant,
réflexion faite dans une maison vide, en l'absence de tout
le silence salue tout le monde.

Tu n'es pas arrivé là pour être reconnu singulièrement,
le retranchement s'accompagne trop souvent d'un secret jugement,
tu es simplement revenu, présence à ce qui arrive.







Gravité de n
os vertus silencieuses.

Pars, le soir, pour une simple et unique raison, 
parce que quelque chose tempête
dans la frontière brouillée entre les espèces
légalisation de tout, l'égalisation de tout, 
il paraît que cela avance dans le bon sens,
alors pars, pleins phares sur les gouffres
des connexions, une fois pour toutes déterminé
marche, écoute, recueille la parole vivante
qui dénoue les liens fatals de la virtualité.



L'exception liquidée.

Temps libre, toiles, déserts, le réseau, 
la trappe informatique, l'horreur banalisée sur l'écran.
Une occasion rêvée, à tout prendre, de s'évader.
Chers étalonnages des rencontres, 
qui font feu de tout bois, montagnes de dettes affectives,
reflets de ciels bleus, couleurs de cruauté tendre,
droit suspendu, l'état d'exception est sans cesse reconduit,
c'est donc qu'il n'y a plus rien d'exceptionnel.
Les règles ordinaires n'ont plus cours,
tout ce que tu vois de beau est mis hors de ta portée.
Un boulevard s'offre à nous sur le Net,
à chacun sa chaîne sur le réseau, de la joie d'être branchés,
à l'heure servile, on s'est fait l'animateur zélé.

Où vas-tu, intégrité de mon âme, ailleurs te faire héberger ? 










Liquidation explicite

Langage travaillé au noir, langue fumée de l'espoir, 
à force de tout assumer, à force de se contenter de décrire,
à force de numériser à même l'idée de la disparition de l'histoire,
à force d'effectuer le transfert de la mémoire, de tout mettre dans la machine, 
le temps de la prise de parole s'est trouvé brouillé par la statistique,
de plus en plus de gens ont le sentiment d'avoir vécu en vain, 
le feu du néant, depuis peu brûle plus ou moins en chacun de nous. 








Définitivement.
Homme aux labeurs, orpailleur du futile
au gré de ton désir,  aux mains des dirigeants de l'ombre,
en proportion de ton aspiration dissipée dans les vents,
il y a ta vie en vidéo, lancée dans la course aux nombres de vues sur toile.

Tu n'as plus jamais voyagé autrement,
attiré vers l'autre,  en plein pays virtuel,
dans l'oubli du jour de ta naissance,
tu as eu bien des fois plein d'étoiles dans les yeux
en dehors du monde, il est vrai, on est plus facilement ébloui.
Chiffré par la pureté maléfique de la bête, 
drôle d'avènement, d'autres forçats de la science forceront le trait
de la transgression, 
la vigilance ne fait plus partie de notre dignité.







 Encerclement, à cause de toi, sans exception.

Comme la feuille courage du chiendent
sans cesse piétinée, qui toujours se redresse,
 comme l'épargne dans nos jours
 du désordre universel,
comme au centre du monde augmenté
il y a plein de petites apocalypses.
Des pluies de cortèges cosmiques vont nourrir les machines à rêver,







lumière dans leurs yeux rapaillés d'or,









pour que cela nous dépasse
il y a de fortes chances. 














































dimanche 5 février 2017

La substance cohobée de nos rêves.

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Il s'agissait uniquement de remettre dans la cornue de l'informatique 
la liqueur des idées qui avait passé dans le récipient argenté du temps, 
afin de la distiller à nouveau, la beauté de la réduction, c'était sans fin, 
de fait, ce qui était distillé devait impérativement, sans cesse  
être distillé une fois de plus.

Il avait l'impression qu'il écrivait depuis toujours, il disait que
le début de sa vie avait commencé avec l'ouverture du premier livre, 
à ce moment-là il s'était senti si jeune ... puis le paysage 
alentour, comme lui-même, lui avait paru se rétrécir,  
d'emblée il avait eu le sentiment d'être devenu à la limite
presqu'un vieux sage, un témoin d'un prodige certes 
mais ce qu'il avait vu n'appartenait pas au monde savant, 
anciennement, il se souvenait d'avoir assisté à quelque chose 
d'inhabituel qui le dépassait.
Travail secret de l'écriture, du sens émergeait un peu partout,
venu d'on ne sait où, il y avait de quoi en être bel et bien fasciné à vie,
il avait réussi à se satisfaire d'une cohabitation passagère, funambule
de ce mélange d'impressions vagues qui faisait tout le suc de la création.
Il lui semblait qu'à trop vouloir connaître la raison 
de ces merveilleux effets, il en favoriserait la disparition,
le monde entier lui apparaissait vu sous cet angle
extrêmement beau, puissant et fragile en même temps, 
tant et si bien qu'il s'était depuis longtemps résigné 
à ne pas chercher plus avant d'autres explications. 
Parce que d'un seul coup l'espace flamboyant des mots lui était 
un jour apparu, et qu'il n'en revenait toujours pas,
la saveur inextinguible de son existence se trouvait toujours redoublée 
dans le souvenir même de cette forme singulière d'éblouissement.
D'emblée le récit, l'histoire qu'il écrivait à cette époque là, 
suite à cette lecture insolite avaient pris une couleur différente, 
les services jadis rendus par la langue ne pouvaient être maintenus 
comme à l'accoutumée, temps du jugement suspendu, peu après 
sa vision du monde réel en avait été globalement transformée.
Il avait retrouvé cette impression d'étrangeté en retravaillant
ses textes qui s'affichaient directement sur l'écran de l'ordinateur.
Comment cela s'était-il produit ? 
il sentait qu'il ne saurait précisément le décrire, 
il ne pouvait pas en dire grand chose de très révélateur, 
c'était phénoménal, il s'agissait d'exprimer la totalité de l'instant
présent, c'était comme si on ne pouvait plus rien dire du tout
sur tout le reste.
Ce qu'il voyait après coup, c'est qu'il s'en était vite accommodé, 
sans trop se poser de question, mieux que cela, il avait pris de l'avance,
car ce n'avait pas été très difficile pour lui de pratiquer
l'écriture virtuelle, persuadé qu'il était impératif 
d'utiliser les meilleurs outils mis à sa disposition, 
déjà le champ des possibilités semblait s'ouvrir 
pour s'étendre simplement à l'infini.
Il savait peu de choses du langage qui automatiquement 
doublait la publication de chacun de ses textes, 
il en était encore à travailler pour améliorer la qualité du contenu
et la forme de l'expression. 
Chacun à son goût, selon le domaine, en haut lieu, quelque part
on avait bien sa petite idée derrière la tête de la perfection.

Tout devenait de plus en plus incertain, la transformation numérique 
travaillait à rendre profitable l'idée même de la dépossession.
Partout on était pris de vitesse.

Quand le partage du temps de la parole s'effectuait 
en mémoire d'une histoire commune, 
cela permettait le plus souvent la refonte généreuse des coeurs,
un texte accepté de tous offrait plus d'une bonne raison de se survivre.
En se donnant du temps pour réfléchir, 
on pouvait écrire sur tout, 
décrire surtout. 
La substance cohobée de nos rêves, dans la suite 
la machine la retravaille à tout instant, 
peut-être qu'un jour l'ordinateur quantique n'en fera qu'une bouchée. 

Pour tracer une ligne, il suffit désormais de réussir 
à toujours mieux codifier, performance pour performance,
s'approprier le code, c'est la justification secrète de la guerre 
à l'échelle planétaire,
alors on se risque à poser une dernière question :
kôan,
où mène la voie à sens unique d'une seule et même description ?







Sans s'en apercevoir, en laissant faire,


Au fil des pages, il décrivait par le menu ce qui constituait
une part de la vie de rêve, pour la plupart des gens, 
en imagination, il évoluait avec eux dans des habitats fonctionnels, 
clairs, des appartements lumineux, luxueux, bien distribués 
nets comme l'idée même du prestige sans objet,
et comme par magie toujours bien rangés, 
où la cuisine ressemblait à un laboratoire,
l'emploi d'un vocabulaire parcellaire, de plus en plus réduit
suffisait pour décrire la qualité particulière de ces intérieurs
uniformes où trônaient sans surprise le canapé design et les écrans plats,
l'espace publicitaire était entré au coeur même de nos vies, 
la silhouette du vivant était en passe d'être totalement 
recalibrée sous formes de top models, en attendant les robots. 
Domotique ou robotique, telle n'était plus la question à l'ordre du jour.
Habiter une maison carrée dans un monde qui ne tourne plus rond, 
c'était sa formule favorite pour résumer non sans quelqu'ironie facile,
le goût d'une époque désincarnée en quête de sensation, 
qui poussait la logique de la réussite jusqu'à l'absurde. 







Marche informatisée.

En secret, des flux de calculs confondent mes biens 
en liens avec les vôtres, c'est tout le miracle de l'informatique ; 
naturellement 
et trop bien portant,
on respire bizarrement au milieu d'un monde devenu si savant,  
il paraît que notre futur sera plastique ou ne sera pas.









L'échotier du néant

Quelque chose partait dans tous les sens, 
il sentait que cela défiait la logique même de la sagesse populaire,
à partir du moment où on ne savait plus départager 
le fait important du fait mineur... 
la jeunesse passait la plupart de son temps libre à coder,
informatique règne de l'absolu,
pas d'autre explication possible,
on avait perdu le goût de la spontanéité.




La fin de l'histoire


Beau jour sombre comme une mécanique sauvage, 
toutes vos faces couchées sur le livre doré 
il y a tant de perfection mise dans l'ouvrage, 
la limpidité a détouré tout le coeur de la qualité.






« Hola » : 
le mot a circulé du cerveau d'un homme situé en Inde à celui d'un autre localisé à Strasbourg, 
le monde des idées rendu transparent et déchiffrable nous mettra-t-il tous sur la même longueur d'onde ?

http://www.letelegramme.fr/france/sciences-premier-message-transmis-par-telepathie-17-09-2014-10343019.php






Désormais tout devient terriblement simple.


On nous incite à voyager dans notre vie 
uniquement par dépliant touristique interposé, 
c'est une quasi-certitude, le langage codé est en train de prendre 
pratiquement le dessus sur tout. 
Il n'y a pas si longtemps, on pouvait encore placer un peu d'espoir 
dans l'écriture pour trouver le passage du temps moins décevant. 


Si les livres avaient représenté plus d'un refuge, 
c'est que leur lecture intime était incomparable.






Considération

Trouver se place, sentir qu'on est 
juste au bon endroit,
au moment où il faut, faire des expériences, tirer profit de ses échecs,
et si demain tout cela n'avait plus de sens ?
quelle serait ta raison d'être si la machine décidait de tout ?






Vivre au niveau de ce que je sens ou de ce que je sais ?

Le plus souvent, avant même d'avoir eu le temps de vraiment se connaître
 
on aspire déjà à vivre une autre vie. 






La vie a plus d'un rêve dans son sac.


A qui se demande ce que ce que les autres vont en penser,
on peut apporter une réponse en forme de question :

pourquoi s'arracher à soi-même ?




Comment départager ce qui relève de la responsabilité, de la chance ou du hasard d'un rêve ?

Hors des catégories habituelles, une idée nouvelle vient souvent d'une seule et même personne absorbée dans sa pensée intérieure, c'est de manière visuelle 
qu'on accède idéalement à un autre monde, délaissant les sentiers battus de toute forme de langage connu.






La substance cohobée de nos rêves.

Connexion à la libération, doux rêveur, la lenteur n'est pas l'ennui, 
l'esprit calme qui chemine sans crainte n'a pas peur du vide, 
il dédaigne la forme même du précipice.